La SQVT découle d’une forme d’objectivité, de bienveillance et de communication, qui nous concerne toutes et tous !

Administrateur du Mouvement Français pour la Qualité (MFQ) en Rhône-Alpes, acteur de la Qualité et de la Performance en région Rhône-Alpes et directeur associé de SRM, spécialisée dans les Facteurs Humains et le Crew Resource Management (CRM) , qui renforce le bien être au travail, Pierre Antoine Watrelot est un ancien pilote de ligne sur Boeing. Fortement impliqué dans l’amélioration de l’efficacité des équipes et le renforcement du bien-être au travail, nous sommes partis à sa rencontre afin de recueillir sa vision de la SQVT. (Santé et Qualité de Vie au Travail)

 

Parmi tous vos projets, pour lequel êtes vous le plus impliqué ? 

Le MFQ, qui est une association qui regroupe beaucoup d’entreprises à l’échelle régionale et nationale, dont la majorité des adhérents sont des Directeurs Généraux ou des responsables qualité qui se regroupent pour travailler sur le sujet de la SQVT, de façon associative. C’est une belle initiative, dont l’objectif est d’essayer de tendre vers l’excellence, aussi bien en terme organisationnel que de qualité de vie au travail, de confort pour les salariés, de management, de leadership, de bienveillance. Nous sommes nombreux à vouloir améliorer la SQVT et cela fait plaisir. Nos actions passent notamment par l’accès à l’information

 

Quelles serait votre définition de la SQVT ?

C’est un vaste sujet ! …mais dont l’essentiel réside dans son titre. C’est selon moi l’art de la congruence entre l’ergonomie, la communication, le leadership, l’organisation, afin que les gens ne soient ni physiquement ni émotionnellement usés par leur travail. Que l’on soit pilote de ligne, sage-femme ou caissière, il faut que  les environnements de travail prennent en compte un ensemble de paramètres dont la reconnaissance de son propre travail. Mais la notion de SQVT va se décliner de manière propre à chaque entreprise : par exemple donner accès à des massages, proposer des  séances de Feng Shui ou autre… l’essentiel étant de respecter la pyramide des besoins de Maslow, selon laquelle les salariés ont d’abord besoin d’être reconnus dans leur activité. De plus ils sont attachés à une preuve  concrète de la reconnaissance que les employeurs ont pour eux. C’est cette reconnaissance qui participera, de manière fondamentale, au bien-être profond de chaque individu. 

 

Quels sont les principaux obstacles à une bonne qualité de vie au travail  ?

Ici, à titre personnel, je peux vous dire que j’ai été particulièrement déçu, en tant que  pilote de ligne, de découvrir à quel point le secteur sacré des CRM ( qui consiste à gérer les ressources de l’équipage par un ensemble de procédures de formation) qu’est l’aviation, peu encore mal s’occuper de ses salariés.
Le problème selon moi ? La tendance  de l’homme à se reposer sur ses habitudes et à tomber dans une absence de bienveillance. La bienveillance est pourtant bel et bien la clé pour faire avancer la SQVT. Il est vrai que prendre à bras le corps le concept de SQVT peut demander un peu d’investissement, en terme de temps, de ressources financières, d’ergonomie. Mais croyez-moi, c’est un bon investissement, récupéré par la baisse du nombre d’accidents au travail, d’absences prolongées, d’arrêts de travail. J’aime cette phrase qui résume bien cette idée : si vous trouvez que la qualité coûte cher, essayez l’accident ! 

 

Vous qui partez sur les routes de France pour rencontrer des équipes pluridisciplinaires, quel est votre ressenti par rapport à leurs besoins ?

Je me rends compte que, globalement, un des problèmes majeurs rencontrés dans tous les secteurs confondus est le manque de communication verticale. En tant qu’humains, nous avons besoin d’échanger. Il faut que les patrons parlent à leurs salariés, qu’ils montrent qu’ils sont présents, à l’écoute. Pourquoi ? Pour avoir des équipes plus motivées, plus en confiance, plus sereines, car l’échange avec leur supérieur est possible. Je retrouve donc souvent des équipes en manque d’objectivité et de leadership.  L’exemple du télétravail illustre mon propos :  c’est une confiance mutuelle entre un employeur et son salarié qui doit fonctionner. La SQVT découle d’une forme d’objectivité, de bienveillance et de communication, qui nous concerne toutes et tous. C’est  véritablement un rouage de  travail d’équipe, dont la complexité découle de la multiplicité des caractères et de l’implication propres à chacun dans des contextes en permanente évolution. 

 

Au terme de vos formations sur le facteur humain, sentez-vous une envie de changement de la part des équipes formées ?

Dans mes formations, je m’entête à vouloir baisser les facteurs de risques, spécifiques à chaque secteur et à utiliser le levier du travail en équipe et du facteur humain. Au cours des nombreuses discussions échangées au sein de la formation, j’amène les salariés à se rendre compte, par eux-mêmes, de ce qui pourrait être à l’origine de dysfonctionnements au sein d’une équipe. 2 min de retard quotidien pour l’un, ne jamais dire bonjour le matin pour un autre.  Mon travail consiste donc à mettre le doigt sur des sujets peu abordés en règle général et qui font défaut pour qu’un SQVT fonctionne correctement. Ce qui m’importe au final, c’est de m’assurer qu’une équipe ait toutes les clés pour bien fonctionner. Car, de par mon expérience, je peux vous assurer qu’une équipe qui travaille en synergie est la clé de voûte du facteur humain, quelles que soient les qualités professionnelles de son leader. En médecine par exemple cela ne suffit pas d’avoir le meilleur chirurgien du monde dans un hôpital si son équipe souffre, et qui, de plus, cherchera tôt ou tard à “se venger” d’une manière ou d’une autre de son attitude “de tyran”.

 

Quelles seraient du coup vos recommandations premières ? 

Je souhaite insister ici encore sur toute l’importance d’avoir, au sein de chaque structure, des leaders faisant preuve de bienveillance et d’objectivité, ayant des valeurs, trois qualités essentielles que l’on doit retrouver également chez chacun des salariés. La SQVT repose sur un travail d’équipe. Concrètement, j’observe aussi que les personnes responsables de la qualité de vie au sein des entreprises peuvent souvent être dénigrées, surtout en début de carrière, car elles sont perçues par leurs collègues comme vecteurs de changements et de remise en question, malgré leurs envies de bien faire. Mais, à titre d’exemple, je vais participer à un projet, qui me paraît remarquable , et peut être une première en France : un hôpital lyonnais, Natecia, va faire participer 15 médecins récemment arrivés dans la structure, à un “camp d’été” pendant lequel des thèmes comme le travail en équipe ou encore l’installation en secteur privé seront abordés. 

Les choses bougent donc ! Et, quand je me dis que le taylorisme était une pratique encore en place il y a 60 ans, je trouve que le chemin déjà parcouru est juste incroyable. 

 

Propos recueillis par Juliette Seblon, rédactrice scientifique
Spécialiste de l’information médicale.
Passionnée par les domaines de la santé et la sécurité au travail, l’innovation et les nouvelles technologies.