[BREVE] Bordeaux : un congrès international sur le harcèlement au travail du 6 au 8 juin.

Organisé par l’International Association on Workplace Bullying and Harassment (IAWBH https://www.iawbh.org/ ), le chercheur Loïc Lerouge (Comptrasec, CNRS/Université de Bordeaux) et la psychiatre Marie-France Hirigoyen, en association avec l’ANDRH et l’OIT, le congrès « Bullying » rassemblera des chercheurs et acteurs de la santé au travail et des ressources humaines. Les 200 présentations prévues seront données par des intervenants de 46 pays, avec des approches de juristes, psychologues, sociologues et économistes. Une traduction simultanée aura lieu en anglais, français et espagnol. Les inscriptions sont ouvertes jusqu’au 27 mai. Tarifs : 460 € (membres de l’IAWBH), 630 € (non membres), 150 € (étudiants) pour les 3 jours. 220 € pour une seule journée.

Plus d’infos : ici

[BREVE] Santé/sécurité au travail dans le monde : les jeunes en danger (OIT)

L’Organisation Internationale du Travail vient de publier en ligne une « infostory » mettant en garde contre les dangers, en matière de santé et sécurité au travail, rencontrés par les jeunes dans le monde. Ils seraient en effet, pour une multitude de raisons, « beaucoup plus souvent victimes de lésions et de maladies professionnelles que leurs homologues adultes » à en croire l’organisation, qui recommande un apprentissage « des notions de sécurité et de santé au travail dans le cadre de leur éducation, avant d’entrer dans la vie active ». Une formation qu’elle recommande ensuite, au début de leur emploi, « spécifique à leur métier ».

Voir l’infostory : ici 

[BREVE] La tarification à l’expérience contribue à diminuer les accidents du travail dans les petites entreprises (étude)

C’est le constat de l’Institut de recherche et documentation en économie de la santé (Irdes) publié dans son Questions d’économie de la santé de mars (n°231). Il faut savoir, plus concrètement, que les cotisations versées par les entreprises au titre de l’Assurance des risques professionnels sont en partie adaptées en fonction de leur propre risque, une modulation qui a pour objectif de les responsabiliser en matière de santé et sécurité au travail.

Le fait est que, dans les entreprises de 20 à 49 salariés, il y aurait une moindre incidence des taux d’accidents du travail du fait de cette tarification. Et l’étude va plus loin : l’augmentation des taux d’individualisation de la tarification de l’ordre de 10 points de pourcentage qui s’est mise en place le 1er janvier 2018 devrait entraîner une diminution moyenne de cinq accidents du travail pour 1000 salariés dans ces entreprises.

Pour aller plus loin : ici

[BREVE] Le bruit au travail, mauvais pour l’audition… mais aussi pour le cœur (étude)

Des chercheurs américains ont analysé des données provenant d’un sondage sur la santé mené en 2014. Ainsi, 25% des travailleurs américains auraient exposés dans leur vie professionnelle à des niveaux de bruit excessifs, et 14% l’année précédente. Mais surtout, les chercheurs ont constaté, chez ceux-là, davantage de problèmes d’audition (12% dont 58% liés au bruit), d’hypertension (24% dont 12% liés au bruit) et de cholestérol (28% et 9%).

Référence : « Cardiovascular conditions, hearing difficulty, and occupational noise exposure within US industries and occupations”, Ellen Kerns MPH, CPH, COHC Elizabeth A. Masterson PhD, CPH, COHC Christa L. Themann MA, CCC‐A Geoffrey M. Calvert MD, MPH. 14 mars 2018.

Pour en savoir plus : ici

 

Interview Olivier Torrès, professeur de management : « La santé est un déni pour les dirigeants »

Normalien et agrégé d’économie, professeur de management à l’Université de Montpellier 1 et à Montpellier Business School, titulaire de la chaire santé des entrepreneurs (LABEX Entreprendre), Olivier Torrès s’intéresse depuis plusieurs années à la santé des dirigeants de petites entreprises et des indépendants. Il a fondé Amarok , le premier observatoire dédié à la santé des travailleurs non-salariés. Entretien.

Existe-t-il des facteurs de risque spécifiques chez les dirigeants de TPE et PME ?

Oui, bien sûr. Le premier est évident, même si on l’oublie souvent : le risque patrimonial. Quand on est chef d’entreprise, on engage son propre argent, contrairement à un cadre ou aux dirigeants de grands groupes multinationaux. Ce n’est pas rien. Cela signifie que si l’affaire périclite, il y a ruine personnelle. Certains vont même jusqu’à se suicider à cause de cela. Autre risque, plus fort qu’ailleurs : la surcharge de travail. Ce sont des hommes et des femmes qui travaillent en moyenne 55 heures par semaine, et la plupart six jours sur sept. C’est cependant un stresseur ambivalent car un grand nombre de commandes est plutôt interprété comme un bon signe. Troisième facteur spécifique : la trésorerie, a fortiori quand on devient employeur… Un salarié peut rencontrer des problèmes de trésorerie personnelle parce qu’il s’est endetté, mais il n’a pas le souci de payer quelqu’un d’autre, alors qu’un employeur est responsable de ses salariés. Dans le cadre d’une étude menée avec Thomas Lechat pendant un an auprès de 300 chefs d’entreprise adhérents du Centre des Jeunes Dirigeants d’entreprise : voir étude ici , nous avons décelé, à partir de leur verbatims, 30 stresseurs différents. On peut donc ajouter les conflits entre associés, les procédures collectives judiciaires, etc.

Quels problèmes de santé les travailleurs non-salariés ont-ils le plus tendance à rencontrer ?

Là où il y a une prévalence de morbidité un peu plus élevée que dans le reste de la population ce n’est pas pour les crises cardiaques ou les AVC, mais pour le diabète. Mon explication serait double : d’abord, ils ne respectent pas du tout le principe de chrono-nutrition, c’est-à-dire un petit-déjeuner très copieux, un bon déjeuner, et un dîner léger. Ils font l’inverse : le soir, c’est le repas du guerrier. Autre facteur : le manque de sommeil, facteur de pré-diabète. Les patrons de PME dorment entre 6h et 6h30, alors que les Français dorment 7h07 en moyenne. Ces 35-45 minutes représentent quasiment 200h de sommeil en moins en un an, créant ainsi une dette de sommeil qui ne se rattrape pas. Et cela engendre, en outre, beaucoup de somnolence… et de fatigue. Et quand on est fatigué on est moins créatif, plus irritable, et moins anticipatif. Ce qui n’est pas bon pour entreprendre. Il faut donc dormir plus pour entreprendre mieux.

Qu’en est-il de la prise en charge médicale, sachant qu’un dirigeant peut difficilement être remplacé à la tête de son entreprise et donc qu’il est compliqué de s’arrêter de travailler ?

La phrase que j’ai le plus souvent entendue depuis des années, à force de travailler sur ce sujet est : « Je n’ai pas le temps d’être malade. » Certains m’ont même dit qu’ils ne tombaient malades que quand ils étaient en vacances. Le corps reprend ses droits… L’un d’entre eux m’a même dit un jour que, du coup, il ne prenait plus de vacances. La santé est un déni pour les dirigeants, parce qu’ils se voient comme des leaders qui n’ont besoin de personne. Ils ont fini par se persuader qu’ils étaient en dehors des lois de la biologie. Le fait est qu’il n’en est rien. La santé est pourtant un tabou chez eux.

Quid de leur santé mentale, sachant qu’ils travaillent souvent plus que la moyenne et que la surcharge peut éventuellement entraîner un épuisement professionnel ?

J’ai dirigé la thèse de Yosr Ben Tahar sur ce sujet, disponible en ligne sur le site de l’observatoire Amarok : oui, il y a un fort risque de burn-out dans le monde patronal et entrepreneurial, lié à un surinvestissement dans le travail, à la surcharge, et à leur engagement patrimonial. Souvent, ils délaissent leur vie familiale et/ou amicale pour développer leurs affaires, et créent ainsi les conditions d’un isolement qui les fragilise, et in fine d’un épuisement. Cela dit, ils sont souvent méconnus, mais il existe certains dispositifs de prévention. Déjà, la MSA fait de la prévention du risque suicidaire chez les agriculteurs. Dans les tribunaux de commerce, il y a l’Apesa qui a mis en place une cellule d’écoute gratuite pour les entrepreneurs en stress aigu. En outre, au sein de l’observatoire Amarok, une psychologue travaille à temps plein dans la prévention du burn-out. Nous avons également lancé un mooc gratuit, avec un module à suivre chaque semaine pour apprendre à gérer son stress, son sommeil, à prévenir le risque de burn-out et à développer les facteurs salutogènes. Nous sommes également derrière le numéro vert du RSI… Mais nous sommes tout petits… Quoi qu’il en soit, les entrepreneurs peuvent tous nous retrouver sur le « Portail du rebond », avec plusieurs autres associations permettant aux entrepreneurs ayant connu un dépôt de bilan de pouvoir rebondir. Il s’agit d’une véritable aide psychologique et matérielle auprès d’hommes et de femmes en souffrance après un échec entrepreneurial.

Mais lorsque les entrepreneurs, dirigeants, indépendants, tombent vraiment malades… Existe-t-il des dispositifs pour les aider, sachant qu’ils ne relèvent pas de la médecine du travail et que leur protection sociale est limitée ?

En effet, quand un patron de PME ne peut plus travailler, cela a un effet immédiat et global sur la gestion de l’entreprise. La santé du dirigeant est le premier capital immatériel de la PME. Le fait est que quand ils tombent malades, ils reprennent très vite le travail, même quand ils ne sont pas en état. Après, il existe certaines initiatives… Par exemple, le RSI a mis en place des dispositifs permettant à ceux en maladie parfois de longue durée de se reconvertir… C’est peu connu. Cela dit, je pense qu’il y a une médecine du travail à inventer pour les indépendants, mais pas en créant un nouvel impôt avec une visite annuelle obligatoire, ce qui risque de ne pas leur convenir. Il s’agirait d’inventer autre chose.