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Indemnisation du congé de proche aidant pour les salariés : quelle faisabilité ?

Le Sénat a adopté le 25 octobre, à l’unanimité, une proposition de loi qui assouplit les conditions pour prendre un congé de proche aidant (institué en décembre 2015) et instaure une indemnité (financée par les Perso notamment)(étude). Elle sera ensuite examinée par l’Assemblée Nationale en décembre. Rémunérer ce congé pourrait permettre aux proches aidants ayant une activité professionnelle, souvent épuisés et privés de vie sociale, de mieux s’organiser, de garder leur emploi, mais aussi de protéger leur santé.La présidente de l’Association Française des Aidants, Florence Leduc, a accepté de répondre à nos questions.

Que pensez-vous de cette proposition de loi, qui pourrait permettre aux aidants de prendre un peu de répit tout en étant rémunérés ?

Je n’en pense que du bien sur le fond. Par contre, sur la forme, je ne sais pas s’il est réalisable qu’une loi engage un financement par les entreprises, qui peuvent être des PME ou TPE, des petits commerces, et non pas de grandes entreprises avec un budget relatif à la responsabilité sociale. Je suis donc embarrassée sur la faisabilité. Sur le fond, le fait est que la plupart des aidants prennent déjà des jours à côté, sur leurs congés payés, et quand c’est plus long, sur leurs arrêts-maladie…Parce qu’ils ne peuvent pas se permettre de ne pas avoir de rémunération. Après, cette proposition de loi va peut-être permettre de réfléchir sur la manière dont les entreprises peuvent solvabiliser ce congé. Là, on est bien dans le cadre des conventions collectives des accords de branche. C’est comme les jours de congés pour maladie d’un petit enfant. Quoi qu’il en soit, je pense qu’il faut d’autres préalables : par exemple, partager le gâteau entre des journées pour enfants malades, et les journées pour proches aidants, soit continuer à faire ce qui se fait déjà dans beaucoup d’entreprises, c’est-à-dire d’organiser le don de jours ou de RTT par d’autres salariés… Même si là, l’effort vient surtout des autres salariés. Aujourd’hui, beaucoup d’entreprises font des choses formidables, mais ce sont majoritairement des grosses entreprises.

Quelles sont-elles ?

Casino, Crédit Agricole Assurances, Renault ou Peugeot, qui ont des budgets pour l’action sociale, la RSE, etc. Ce qui n’est pas le cas des petites entreprises. L’idée n’est donc pas de recréer un fossé en fonction de la taille de l’entreprise, mais de réfléchir à la manière dont on peut rendre cela possible.

Quelles initiatives pour soutenir les aidants salariés à s’occuper de leur proche dépendant avez-vous trouvé les plus intéressantes ?

A chaque fois qu’on retrouve une combinaison entre la volonté des collaborateurs d’entreprise qui veulent bien mettre à disposition un jour de RTT ou de congé, de manière anonyme et dans un fonds commun, et celle de l’employeur qui abonde cette habilitation en doublent le nombre de jours. Des choses existent, qui font leurs preuves. Mais malheureusement, ça reste dans l’escarcelle des grosses entreprises. Dans les petites, cela passe plutôt par la pitié, quand un collègue propose à l’aidant de rester pour qu’il puisse partir plus tôt. Nous avons peu de visibilité là-dessus. La troisième édition du Prix Entreprise et Salariés aidants aura lieu le 10 décembre, sans doute y verrons-nous d’autres expériences intéressantes. Mais toute la question est : comment les dupliquer ? Nous allons de notre côté continuer à pousser cette question. Le fait est que cette proposition de loi, même si elle va dans le bon sens, peut aussi ne pas passer.

Le fait est qu’en l’absence de véritable congé rémunéré, la santé des aidants, déjà plutôt mauvaise selon une enquête que vous avez réalisée en 2015 ( ), risque de continuer à en pâtir. Sont-ils, déjà, suffisamment informés des risques encourus ?

Non. De toute manière les aidants ne sont pas assez informés… Ce n’est pas qu’il n’y a pas d’information, c’est qu’il y en a plein. Mais ils n’ont pas forcément la bonne au bon moment. Attention, on ne passe pas du jour au lendemain de la position d’épouse à celle d’aidante… Cela peut vite devenir épuisant si l’on pense que le rôle de l’aidant est de remplacer les professionnels du soin. Ce n’est pas le cas. Nous proposons donc, pour sensibiliser les aidants à faire attention à leur santé, aussi pour celle de l’autre, des ateliers santé . Nous travaillons aussi beaucoup avec les groupes de protection sociale. Il s’agit, dans ce cadre, de leur faire connaître les déterminants de la santé, et les aidons à se situer par rapport à eux : exercice, sommeil, vie sociale, etc. L’objectif est de leur redonner une capacité à agir là-dessus. Force est de constater qu’il y a, dans notre société, quelque chose de très assignant, notamment vis-à-vis des femmes, souvent poussées à arrêter de travailler. On le voit souvent dans les vieux couples, quand les femmes s’occupent de leur mari malade. On les appelle souvent des « saintes »…Mais elles en ont assez. Quelle marge de manœuvre nous reste-t-il quand on est qualifiée de « sainte » ? Ce que l’on remarque c’est que, souvent, c’est celui qui aide l’autre qui meurt avant lui. Nous n’avons vraiment pas de quoi être fiers de cela. Il faut permettre à chacun de jouer sa partition, en fonction de ce qu’il peut.

 

Repères :

Créée en 2003, l’Association Française des Aidants milite pour la reconnaissance du rôle et de la place des aidants dans la société. Elle les soutient localement via son réseau de Cafés des aidants®, la mise en place d’Ateliers santé des Aidants, notamment à ceux qui travaillent, et ses formations.

Voir la fiche pratique sur la santé des aidants : ici 

Les Cafés des aidants® en France : ici