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Améliorer la qualité de vie au travail pour que les seniors travaillent plus longtemps ?

Dans un rapport de France Stratégie publié le 1er octobre, la juriste Emmanuelle Prouetet le statisticien-économiste,Julien Rousselon, tous deux experts au département Travail, Emploi, Compétences,ont insisté sur l’intérêt de la prévention en matière de qualité de vie au travail pour que les seniors prolongent leur carrière. Petit aperçu de leur rapport.

L’emploi des seniors augmente rapidement depuis 2000 sous l’effet conjugué de la baisse des départs anticipés, des changements démographiques puis des réformes des retraites. Cependant, soulignent les auteurs du rapport de France Stratégie, Emmanuelle Prouet et Julien Rousselon le taux d’emploi des 60-64 ans reste très en-dessous de la moyenne européenne (moins de 30% en 2017, contre 40% dans l’UE). Le fait est que continuer à travailler ou partir à la retraite n’est pas toujours un choix, insistent les auteurs. En effet, les seniors se heurtent à des difficultés pouvant freiner leur maintien ou leur retour à l’emploi. Parmi elles, les représentations négatives à leur égard et l’état de santé. « Plus de la moitié des personnes prématurément sorties de l’emploi imputent leur décision à des problèmes de santé (…) des conditions de travail difficiles, voire pénibles, sans aménagement de poste, peuvent parfois décourager le maintien en emploi. »28% des seniors enquêtés auraient ainsi avancé ce motif pour expliquer leur départ précoce à la retraite.

« Prévenir l’usure professionnelle »

« Une chose est sûre : les mesures qui visent le prolongement des carrières ne peuvent faire l’impasse sur un renforcement des logiques préventives dans le cadre d’une politique de gestion des âges plus globale. » Ainsi, les auteurs insistent sur l’importance de « prévenir l’usure professionnelle, notamment par une amélioration des conditions de travail en amont des fins de carrière ». Ils évoquent également la formation professionnelle tout au long de la vie, et l’idée d’une « gestion intergénérationnelle des emplois et des compétences au sein des entreprises et des organisations qui permettrait par ailleurs de faire évoluer les représentations ».Les auteurs expliquent aussi, dans leur fiche 13, que si les seniors « ne sont pas explosés à des conditions de travail plus difficiles que les autres actifs », cela peut en réalité « masquer un effet de sélection » : les travailleurs quittant plus tôt les emplois pénibles, a fortiori si leur santé est dégradée, seraient ainsi remplacés sur ces emplois par des travailleurs plus jeunes.

Les spécificités des seniors en matière de conditions de travail

En outre, les seniors déclareraient « moins de possibilités d’apprendre et une exposition aussi forte aux contraintes de moyens ». Et de renvoyer à une étude qualitative sur le recrutement des cadres séniors,  réalisée par l’APEC en 2017 (étude)  selon laquelle la difficulté des conditions de travail serait chez eux« souvent occultée ». « Les employeurs interrogés ont en effet d’abord à l’esprit la fatigue physique, qui renvoie avant tout aux postes de « production ». En revanche, les risques psychosociaux, liés au stress, à la pression, à la fatigue due aux déplacements professionnels sont souvent négligés. » Et de souligner encore « les relations très fortes entre la répétition ou la persistance des contraintes physiques au fil du temps, la détérioration de la santé dans les zones atteintes, et la difficulté à réaliser le travail ». Se reposant sur l’enquête SIP de 2010(Santé et itinéraire professionnel permettant une analyse longitudinale sur l’impact des conditions de travail), le rapport souligne que « les personnes sorties définitivement de l’emploi avant 60 ans ont connu des trajectoires professionnelles peu qualifiées et plus exposées au cumul de pénibilités physiques et que leurs carrières ont été davantage affectées par une santé dégradée ».

Des bénéfices pour les seniors… et les jeunes générations

« Une liberté de choix sans qualité de vie au travail ne s’exercera pas dans un sens favorable à la poursuite de l’activité », affirment les auteurs. Il s’agirait donc de s’intéresser de plus près non seulement à l’aménagement des postes, mais aussi aux procédures, horaires et modes de travail. « De telles politiques peuvent aussi faciliter la conciliation entre vie professionnelle et vie privée, enjeu qui n’est plus l’apanage des jeunes générations, du fait notamment des besoins croissants d’aide et d’accompagnement des personnes âgées en perte d’autonomie. » Ainsi, améliorer la qualité de vie au travail pour les seniors pourrait également permettre aux plus jeunes générations de profiter de ces aménagements.

L’exemple finlandais

Dans la « fiche 27 » par ailleurs, le rapport présente quelques exemples de politiques de promotion de l’emploi des seniors à l’étranger. Celui de la Finlande est particulièrement intéressant. Ce pays, souvent cité en exemple, a défini dès la fin des années 1990, en parallèle à une réforme des retraites, « une stratégie globale de soutien à l’emploi des seniors ».Différents programmes ont été mis en place, impliquant des acteurs très divers (nationaux, locaux, organisations professionnelles…) : « accompagnement des chômeurs, amélioration des conditions de travail ; développement de programmes de formation et d’éducation spécifiques et en particulier une campagne de communication intensive en direction des seniors et des employeurs ; programme de recherche et développement sur la compréhension des conséquences du vieillissement sur le marché du travail et l’identification des besoins des travailleurs âgés ; programme sur les absences et causes de maladies et accidents du travail ; actions ciblées sur la coopération et les interactions entre les équipes et le management pour accroître productivité et qualité de vie au travail ; système de subventions à l’emploi spécifiques aux plus de 54 ans. »De quoi s’inspirer.

Lire l’étude : ici